Un "grand débat", pour quoi faire?

Un « grand débat », pour quoi faire?

La com’ gouvernementale et la répression policière n’ayant pas entamé la détermination des Gilets Jaunes ni la popularité du mouvement, E. Macron tente maintenant la carte du « grand débat national » et de la « lettre aux Français ».
Ô surprise, il n’entend pas changer de ligne politique : « je n’oublie pas que j’ai été élu sur un projet… », nous dit-il en préambule de cette missive et contre toute évidence.
Après les banalités d’usage (« la France n’est pas un pays comme les autres », etc…) suit une longue litanie de questions destinées à orienter ce « débat » autour de la manière de mettre en œuvre des mesures pour la plupart déjà prévues ; par contre leur bien-fondé n’est jamais questionné, encore moins démontré.
Le premier constat est l’absence de toute référence à l’outremer. Alors que le trop-plein d’inégalités et d’injustices accumulées ont conduit à une mobilisation historique à la Réunion, obligeant une ministre à venir sur place pour essayer d’éteindre l’incendie, les problématiques ultra-marines sont purement et simplement ignorées.
Il ne sera jamais non plus question de l’ISF dont le rétablissement est pourtant exigé par une majorité de Français et se trouve au cœur des revendications des Gilets Jaunes.
Sans parler des autres largesses fiscales accordées à certains et qui là vraiment nous coûtent un «pognon de dingue» tant leur rendement social est faible. Tout comme la suppression de l’ISF, le CICE par exemple prive chaque année l’État de dizaines de milliards d’euros de ressources. Rappelons qu’il a été instauré en 2013 avec la promesse du Medef de créer 1 million d’emplois… qui se font toujours attendre.
Par ailleurs, les questions auxquelles les Français pourront répondre en occultent beaucoup d’autres:
On nous demande quels impôts il faudrait baisser « en priorité » mais jamais comment assurer un meilleur équilibre entre impôts et taxes, entre la contribution des ménages et celle des entreprises, comment taxer les profits boursiers ou lutter réellement contre la fraude et l’évasion fiscales.
Les dépenses publiques se résument à la recherche d’économies, jamais de ressources supplémentaires ni d’investissements à faire pour permettre une meilleure politique de santé publique, un système judiciaire plus efficace, la réussite scolaire de tous de la Maternelle à l’Université, un meilleur accompagnement des chômeurs, une politique écologique digne de ce nom, un système de transport public permettant à tous de se déplacer sans se ruiner,… en somme de meilleurs services publics pour l’accès de tous aux besoins essentiels.
Rien de tout cela, au contraire : bien qu’asséchés par les précédents dégraissages, il est toujours question de supprimer des postes dans les services publics et il faudrait en plus que les Français suggèrent au gouvernement la meilleure façon d’organiser leur liquidation!
Alors que la puissance publique est le premier employeur de France avec 5 millions d’agents, sa responsabilité n’est jamais questionnée en matière d’emploi et de salaires, seul compte le bien-être des entreprises qui seraient l’unique clé de la prospérité.
Quant aux enjeux écologiques, comment oublier la démission fracassante de Nicolas Hulot qui s’était lassé de l’inertie des pouvoirs publics en la matière ? Quid du glyphosate, des perturbateurs endocriniens, des entreprises polluantes,… ? Mettre à contribution les seuls citoyens par une taxation de plus sur les carburants a pourtant été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la contestation.
Alors que de nombreux pays nous l’envient, notre modèle social serait au mieux jugé « insuffisant », mais surtout « mis en cause » et « trop cher », point barre !
Serait-ce une façon de justifier cyniquement la baisse des APL, des contrats aidés, le durcissement des sanctions contre les chômeurs signé en catimini le 30 décembre dernier, mais aussi les projets contre l’assurance-chômage, les retraites, les services publics (Cap 22),… ? en somme tout ce qui continuera inévitablement à nourrir une colère légitime.
Pour la FSU, ce « débat », risque fort, dans ces conditions, de n’être qu’ une mascarade pour endormir la contestation dans des discussions pipées d’avance à l’image des grand-messes et autres Assises déjà testées dans le passé. Il sera donc illusoire d’en attendre quoi que ce soit tant les conclusions semblent déjà écrites.